Suite donc, de mon retour sur images, pour parler un peu de ma terre d'origine. Un coin pauvre et paumé de Gironde, qui végétait dans les années 70. Quand je dis végéter, ce n'est pas une figure de style : le téléphone est arrivé dans mon village en 1980, j'ai regardé la télévision pour la première fois (autrement que chez d'autres personnes) à l'âge de 12 ans, de nombreux foyers sis au fin fond des marais n'ont eu l'eau courante qu'au milieu des années 80. Pourtant, j'ai connu une enfance très chouette et très heureuse. J'en retiendrai quand même deux chose : - Les citadins qui s'esbaudissent et s'extasient sur le "retour à la terre" et la noblesse du travail paysan, moi je dis qu'ils n'ont JAMAIS réellement bossé ! Parce que, envoyer des balles de foin à la fourche sur une charette, ou ramasser des patates, le groin dans la poussière et le dos cassé, c'est vraiment pas une partie de plaisir ! - L'enfance est une chose, l'adolescence en est une autre. Au collège, les petits merdeux de fils de notables du coin vous font vite sentir que vous n'êtes qu'un bouseux. Un paysan, ça reste à sa place, ça ne fait pas d'études et ça ne se mêle pas d'être intelligent ! Donc, mon enfance s'est essentiellement passée à la campagne : garder les vaches, courir les prés, faire les foins et les vendanges, nourrir les animaux... Peu de vacances, mais de la joie. Et puis, le peu d'argent, quand on y est habitué, ne fait pas vraiment mal. C'est plus tard que viendront les blessures, quand le monde vous renvoie l'image de vos propres complexes. Et donc, après des études dont je parlerai aussi, j'ai quitté la terre. Ah, quitter la terre... Je crois que les non-ruraux ne peuvent comprendre ce que celà représente. Qu'on ne s'y trompe pas, je ne voulais à aucun prix être paysan. Mais quand on quitte, on devient le premier à rompre une chaîne multi-centenaire. Je fus le premier de la famille. Bon, je dois reconnaître que j'étais programmé pour : "il sera instituteur", dixit tous les arrières grands-parents, grands-parents, parents, cousins, amis, connaissances pouvant graviter d'une manière ou d'une autre autour de la famille. Pensez donc, le premier "mâle" de sa génération ! Celui-là ne peut décevoir, il sera instituteur. Je fus professeur. Et maintenant, "cadre" de l'Education Nationale. J'en sais dans ma famille, qui ont pleuré quand j'ai eu le concours. Ce n'est pas rien, un Inspecteur, pour une famille paysanne... Celà dit, quitter la terre, quoi qu'on en dise, est une culpabilité qui vous pèse. Et ce, même si pour rien au monde, vous n'y seriez resté. Nous sommes décidément, une espèce bien compliquée ! Pour revenir à mon terroir, plusieurs secousses telluriques allaient changer le cours des choses : - L'arrivée de l'autoroute : Bordeaux à moins d'une heure de route ! Youpi ! J'en profiterai bientôt quand j'irai à la fac, mais je ne le sais pas encore ! - L'arrivée de la centrale nucléaire, déja évoquée précédemment. Mais dans un premier temps et après le collège du chef-lieu de canton, direction le lycée et l'internat de la sous-préfecture : Blaye ! 5000 habitants, autant dire une mégalopole !