BURDIGALA-CITY, déambulations et tribulations d'un gabay dans la jungle urbaine

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dimanche, août 23 2009

Les peurots

Trouvé sur internet, une version poitevine d'une chanson qu'on me chantait quand j'étais "drole". "Les peurots", autrement dit les dindons. A partir de cette version, j'ai reconstitué la version saintongeaise que je vous livre maintenant :

H'avions quat' peurots ben gras
Qu'étiant tertous malades,
D'avouèr avalé des lumas
Qui manhiant nous salades.
J'he m'a dit "boun hens, y z'allant bâsi,
He pouvons pu attende
Z'avant l' virouna, n'en guérirant pas,
O faut qu'h'allions les vende (bis)"

Asteur j'h'me dis : j'h'm'en vas do coup
Fini totes mes affaires
Et d'main avec nos quat' perots
H'emmenrons nout' bestiaire
Ma femme et mes viaux, les drôles, mes agneaux
Et husqu'à ma belle-mère,
Dans un grand bouquion, he nous entasserons
Et h'hirons à la fouère (bis)

Su la grande piace de Saint-hean
O y a ine estatue
Qu'a l'air de s'enneuiller bouns hens
Coum un hau din ine mue
O l'est un gaillard, qu'a pas l'air raillard
Et raide dans ses thieulottes
Il est tot en far, porte in habit var
Avec une ardingote (bis)

Coum o faisait to huste clair
Ine boune idée, m'est v'nue :
Si j' nous installions à tuer l' ver,
De conte tielle estatue
Tertous sur un banc à bouèr do vin bian
A s' fare sabrer la goule
Et j'h'en sais trop reun, j'h'cré ben nom d'un heun,
Ma belle-mère était soûle (bis)

Tot à co ma femme s'ébrauillit
Coum un hau en coulère :
"Nos perots sont tertous partis,
A moué donc, tielle misère !!!"
Pendant que h'buvions et que h'bavassions,
Tot doucement, par darrière,
Quêques mauvais calins, j'h'en seu bin certain
Avant pris nout' bestiaire (bis)

Mon drôle d'Ugène qu'est un biton,
Et qu'est fin coume une grôle
Dit : o l'est sûr que h'les retrouv'rons,
Qu'i nous dit thieu pauvre drôle,
Peur les appeler, h'avons qu'à subrer,
Y répondrant tot de suite,
Tot l' monde va subrer peur les appeler
Y'répondrant ben vite (bis)

H'subrons tertous Ugène et moué
Et husqu'à ma belle-mère
La pauv' femme, respect que j'hvous doués
En tomba su' l' darrière
Et turlututu subras, subras-tu,
L'en faisait ine musique
Et turlututu subras, subras-tu
H'en avions la colique (bis)

Tot à cop ma femme me disit,
"Entends-tu tieu tapahe ?
Nos perots sont pas loin d'ithy,
Entends-tu zeu ramahe ?"
Nos perots volés se teurviant cahés
Darrière un tas d' brindilles
I nous appeliant et h'leu répondions
Coum qué'qu'un d' la famille (bis)

J'h'me précipite var tiel endrét
En subrant d' totes mes forces
Et j'h'vis un grand gas qui courait
Et qu'avait les hambs torses
I m'dit don "sti quéq vous v'lez mon ami ?"
"J'h'veux mes malheureuses bêtes".
Coum i s'arrêtait point j'h'y flanque un cop d' poing
Et j'h'y caboche la tête (bis)

Asteur j'y dis c'est pas tout ça
Vous m'devez cinq pistoles
Ou ben avec tieu po en bois
J'h'vous ébouille su le sol.
Vous parlez d'un gas qui n'attendit pas
Et qui n' fit point d' manières
I m'doune moun arhent, j'h'le serre en disant :
J'h'ai fait ine boune affaire (bis)

Un peu de vocabulaire :
Luma : Limace
Virouna : Tournis, vertige
Asteur : Là, maintenant, tout de suite
Thieulottes : Culottes
Goule : Bouche
S'ébrauiller : Crier
Teurtous : Tous
Câlin : Fainéant, mauvais garçon
Drôle : Garçon
Biton : Désigne soit un jeune homme, soit quelqu'un de bien malin, de dégourdi
Grôle : Corneille
Subrer : Siffler
Po : Piquet
Ebouiller : Ecraser
Tuer le ver : Boire à jeun, directement

En revanche, je suis en recherche de la signification exacte de l'expression : "Coum un hau din ine mue". Si quelqu'un a une idée, elle sera bienvenue !

mardi, août 11 2009

Il revient à ma mémoire...

Une petite pause dans mes déambulations européennes, pour revenir parler un peu do parlanhe gabay. Au hasard de mes recherches, je suis tombé sur l'excellent site suivant : http://chapiteaux.free.fr/DANSES-TR.... Il s'agit du groupe les déjhouqués (je vous laisse un peu chercher la signification...) qui joue des musiques et danses de Saintonge. Ravi de l'aubaine, je me met à écouter et là...

D'un seul coup, j'ai pris en pleine mémoire les chansons que me chantaient mes grands-parents. Des chansons dont j'avais oublié jusqu'à l'existence et qui me sont revenues comme des souvenirs si familiers :
Tins tu bon, h'allons galoper
Si tu tins pas, tu cherras Marie-Louise
Tins tu bon, h'allons galoper
Si tu tins pas, tu cherras din l'foussé

Des chants et danses paysannes pour célébrer des moments de l'année, mais aussi pour dire des joies et des peines, à l'image de cette chanson rendue célèbre bien plus tard et qui nous vient des "culs salés" charentais :
A la pèche aux moules, je ne veux pas y aller (Maman)
Les garçons de Marennes m'ont pris mon panier (Maman)
Les filles sont fidèles comm' l'or et l'argent (Maman)
Les garçons sont volages comm' la pluie et l'vent (Maman)
Ah! Ah! Quand ils vous tiennent ces jolis enfants (Maman)
Ils vous font des caresses et des compliments (Maman)
Je la chantais quand j'étais enfant sans bien comprendre bien entendu, en quoi consistait le "panier" que les garçons avaient bien pu prendre à cette damoiselle.

Pour finir, cette version de la "Fille de la meunière" :
C'est la fille de la meunière
Qui voulait se marier
Son papa n'en voulait guère
Sa maman n'en voulait pas
Différente de celle trouvée sur le site, c'est celle que j'ai toujours entendue chanter. Mais il est vrai que cette gigue connaît tellement de versions dans toute la France, que les variantes pouvaient se décaler à quelques kilomètres de distance.

Pour terminer ce petit voyage en parlanhe, je vous conseille l'excellent article de notre jeune ami Tony Martin sur les noms de lieux en pays gabay : http://monpatoislegabaye.blogspot.c....
Celà me rappelle d'ailleurs que je vous avait parlé de cette propension qu'ont les saintongeais à châfrer, c'est à dire à donner des surnoms aux gens. Voici quelques châfres donnés aux gens de ma commune à l'époque ou j'étais drôle.

Haspi : O l'est ine qu'aime ben haspiner, dire do mau, l'ver la peau do monde. Désigne quelqu'un qui aime commérer, dire du mal des gens (littéralement "lever la peau", expression parlante je trouve !).
Toto + autre chose pour compléter : Désignait des familles qui avaient pour habitude autrefois, d'aller chasser et pêcher... mais "à la muette", quand o fait gran-neu et qu'les hens avant pas b'soin d'savouèer ce que h'faisons. Pour être discrets et ne pas être reconnus en cas de rencontres malvenues (gardes-chasse par exemple), ils se nommaient tous "Toto".
Si h'm'énarve : Si je m'énerve... Désignait quelqu'un qui justement, n'était pas très ébouhant (pas très rapide).

En espérant vous avoir donné envie d'aller parcourir ces sites. Les liens sont à droite de la page !

samedi, juillet 12 2008

La langue de chez moi

Je m'en vais demain, d'un pas sûr et alerte, prendre des vacances qui me conduiront vers mon île préférée (la deuxième avec la Réunion) : Noirmoutier. Ensuite, passage au pays pour jhabrailler tout nout saoûl avec les drôles do coin !

Qu'ès aco ? Ben ça, c'est la langue locale ! Petite explication : en ce Nord de Gironde, nous parlons le saintongeais, langue d'oïl. En effet, l'influence de la cour de France et de sa langue est descendue bien plus au sud que dans le reste de la France. Alors que le Périgord, le Limousin, l'Auvergne ou le Lyonnais parlent occitan ou franco-provençal, les parlers d'oïl ont pénétré en Gironde. Depuis des siècles, le pays Gabaye cultive fièrement sa différence avec le reste de la Gironde : Ici, on fête la goraille, on manghe des cagoilles, on joue au football de préférence au rugby et on prend un cop d'vin bian, qu'o 'fait mè d'beun qu'un cop pied au cul !.
Etre gabaye, c'est d'abord un état d'esprit. Solide et gaillard, le gabaye est un vrai travailleur. Il n'aime pas les berniquouères et conillouères qui fesant rin qu'à bader. Gens de la terre, les gabayes ont forgé un vocabulaire bien à eux, qui exprime d'abord de solides réalités rurales. La tosse, le timbe, le trian ou le par sont des mots qu'on ne peut deviner si on n'a pas suivi le labeur quotidien des gens de cette terre.
Mais tout ce travail n'empèche nullement les gens de s'amuser : bien boire et bien manger, ine godale é v'la qu'o me ché su' les zeuilles ! Une bonne sieste alors, su la paillasse do souèr, le temps de biser sa fumelle... et peut-être davantage si l'humeur est aux gaillardises.

Premier lexique de base, par ordre d'apparition des mots :
Jabrailler : Parler. Par extension, discuter sans fin, dire des commérages et/ou dire n'importe quoi ("mais qu'é-t-o qu'o l'est qu'tieu jabrail ?").
Drôle : "In drôle" : un gamin, un gosse (fem : drôlesse). Equivalent du marseillais "minot" ou du lyonnais "gone".
Goraille : Tout ce qui a trait au goret (prononcer "gorette"), le cochon autrement dit, premier animal sacré des gabayes. Même famille : gorailler (mal faire, mal travailler), in goraillou (quelqu'un de sale ou quelqu'un qui bâcle son travail).
Cagoilles : Deuxième animal sacré, l'escargot. Ne pas confondre avec le luma (limace). Par extension, désigne quelqu'un de très lent (Asteur, va-t-y z'ou bouher tielle cagoille ?).
 : Plus, davantage. Berniquer, Coniller, Bader : Syn. de ne rien faire, ne pas travailler, rêvasser. Péché mortel en gabayerie.
Tosse : Mangeoire. Timbe : Abreuvoir. Par: Etable, clapier, petit abri selon l'animal qu'il contient. Trian : Râteau à fumier (pass' meu don l'trian, he va z'ou formoher !).
Godale : Chabrot (vin+soupe). Chère : Tomber (Es-tu ché ?).
Zeuilles : Les yeux.

Pour finir, un petit exercice de jabrail coum he savons zou faire. Que veulent dire les expressions suivantes ? " Aller de marle en bis et de bis en reun" " Pimer coum in goret qui va bâsi" " Etre en chaumé et peurdriau" " En t'ni ine chimarde" qui fait "vouère des ganipottes" " Coper coum le gheneuil d'un preit" "Se saquer din la paillasse" Etre un "peute bas". Des solutions... plus tard bien sûr, pour vous laisser apprécier un parler qui a gardé sa finesse, son humour et surtout son accent.
Le saintongeais aime se moquer et "chaffrer", c'est à dire donner des surnoms pour désigner son entourage. Il est à remarquer qu'il ne fait là que s'inscrire dans une tradition bien française : "charrier", "chambrer" son prochain, sont des sports bien répandus et pratiqués, dans tous les milieux sociaux. Les réunionnais appellent celà "mouquater" : se moquer. Au pied des tours, dans le métro, à la télévision (voir le Jamel Comedy club), la joute verbale a gardé toute sa place.

Je vais en terminer avec un petit texte, dans la lignée de cet humour au quotidien : "Jh'va conter la darniere de thielle belle jhornée de printemps , vour qu'o l'é quession de facteur et d'son véloç, jhust'ment. En sortant d'ma veugne qu'é de conte chez nous, vouais , o l'a mé d'ine affeire de conte chez nous , ma veugne dont, pis ine palise otout . O l'é moi que jh'lai pianté pasque , l'matin o l'a reun qui fait mé d'piaisir que pouvouère pisser le long d'ine palisse , pis cha cot qu'o l'en a b'soin, bin sur . Sorti d'thiele veugne ,jhe m'trouvis d'museau aveuc le facteur sus son veloç : Féroce qu'y l'a châffré, thieu véloç, pasqu'y a teurviré le guidon , qu'asteur n'on dirait un beû ! Por sur qu'o z'y doune in air féroce !!!
__Vas tu Céléstin ? qu'y l'a gringnocher, pasqu'y l'avait ine violette enteur les dents
__Vouais o va , o va . O l'é in grand jhor aneu ,in grand ,grand, grand jhor !!
__A cause ? qui dizit
__O l'a t'oyu in mirakye, aneu , in grand' mirakye . Le bon yieu t'a fieuri la goule d'ine âne !!
L'a craché sa fieure coume ine chique , m'a garoché la Chérente libe por la goule et y s'est arraché , sus son féroce . Jh'sais point qui quétait le pius féroce des deus !!??"

Célestin Beurdassou

Bonne lecture... Et bonnes vacances !

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